A+ - 318 mai 2026
A+318 – Streets as Soft Spaces
Le numéro 318 de la revue d'architecture belge A+ Architecture in Belgium, intitulé Streets as Soft Spaces, propose une réflexion approfondie sur la rue contemporaine et sur la nécessité de la repenser comme un véritable espace public habité plutôt que comme une simple infrastructure de circulation. Sous la direction de Gideon Boie et de Eline Dehullu, ce numéro s'inscrit dans le débat actuel sur la transition écologique, la qualité de vie urbaine et le partage de l'espace public.
L'idée centrale est que la rue demeure largement organisée selon un modèle hérité du XXe siècle, où la fluidité du trafic automobile constitue la priorité. Dans cette vision, la rue fonctionne comme une « machine à mouvement », alors même qu'une grande partie de l'espace public est occupée par des véhicules stationnés. Les auteurs défendent une autre conception : la rue doit être considérée comme une « pièce publique » située entre les bâtiments, un lieu où se croisent les activités quotidiennes – habiter, travailler, jouer, se rencontrer, prendre soin des autres ou simplement séjourner.
Les différents essais réunis dans la revue abordent cette transformation sous plusieurs angles. Certains explorent l'histoire et la théorie de la rue comme objet architectural. Gideon Boie montre que les choix actuels en matière d'aménagement ne sont pas neutres mais résultent de décisions politiques et culturelles. La domination de l'automobile n'est donc pas une fatalité technique ; elle peut être remise en question.
D'autres contributions s'intéressent aux usages sociaux de l'espace public. L'architecte et chercheuse Apolline Vranken souligne notamment que les rues ont longtemps été conçues à partir du point de vue de l'homme actif se déplaçant entre domicile et travail. Elle plaide pour une approche attentive aux besoins des personnes qui accompagnent des enfants, prennent soin d'autrui, attendent ou se déplacent plus lentement, ouvrant ainsi la voie à une planification urbaine plus inclusive et sensible au genre.
La revue met également en avant les dynamiques citoyennes et les expérimentations urbaines. Les changements les plus significatifs naissent souvent d'initiatives locales, d'occupations temporaires ou de projets pilotes permettant de tester de nouveaux usages de la rue avant leur généralisation. Ces « laboratoires urbains » montrent comment de petites interventions peuvent déclencher des transformations plus profondes des quartiers.
À travers des exemples internationaux provenant notamment de Paris, Barcelona et New York City, le numéro démontre que la réallocation de l'espace public en faveur des piétons, du végétal et des mobilités douces est possible, même si elle suscite souvent des résistances politiques et sociales. Les expériences des « superblocks », des places réaménagées ou des rues résidentielles illustrent la manière dont les villes peuvent évoluer vers des environnements plus conviviaux, plus résilients et mieux adaptés aux enjeux climatiques.
En conclusion, Streets as Soft Spaces défend une vision de la rue comme espace de négociation permanente entre mobilité, sociabilité, écologie et démocratie. Plutôt que de proposer un modèle unique, la revue invite architectes, urbanistes et décideurs à considérer la rue comme un projet culturel et politique majeur, capable de renforcer le lien social tout en répondant aux défis environnementaux contemporains. Elle réhabilite ainsi la figure du piéton, non seulement comme usager de la voirie, mais comme citoyen au cœur de la ville.
URL lien : https://a-plus.be/fr/event/a318-streets-as-soft-spaces/
Langue : Français
N° revue : 318