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Visiteur (Le) - 30 - april. 2025

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Sommaire de revue

Visiteur (Le)

28/05/2025

234 p.

978-2-88968-117-4

ARCHITECTURE INTERIEURE ; ORGANISATION DE L'ESPACE INTERIEUR ; ESPACE PRIVE ; INTIMITE ; RAPPORT INTERIEUR-EXTERIEUR ; CONCEPTION ARCHITECTURALE

Cette trentième livraison du Visiteur interroge ce dont il est question dans tout traité, ce qui n'échappe à aucune doctrine : faire exister un espace soustrait aux rigueurs du ciel et de la terre, aux gêneurs et aux bêtes, qui soit délimité, qualifié et signifiant. Cet artefact qu'est l'espace construit organise nos faits et gestes, établit des seuils, sépare ce qui doit l'être afin de mieux cohabiter avec autrui et représenter une idée de la société. Il mobilise pour cela la construction, la décoration, le mobilier, mais aussi des notions telles que la convenance, le confort ou l'hospitalité, des outils conceptuels comme le plan libre ou l'espace fluide mis en avant au siècle dernier. La densité du tissu, l'éclairement des pièces, le gabarit des immeubles ou le cadrage sur l'extérieur définissent également la qualité des espaces que l'on habite. Toutefois, du toit de nos maisons à la voûte du ciel, la notion d'intériorité s'avère relative, et elle nous offre une clef de lecture pour définir les conditions de notre existence aussi bien physique qu'institutionnelle.

Le premier des intérieurs qui nous vient à l'esprit n'est-il pas celui de notre logement ? Seuls les écrivains ou les architectes peuvent faire d'un intérieur quotidien l'objet d'une pensée qui s'attarde, médite, contemple. Depuis quelques années, Thomas Clerc élargit les espaces où il vit au point d'en faire un monde, qu'il s'agisse d'un trois pièces ou d'un arrondissement parisien. Une révélation faite durant le confinement lui inspire ici une réflexion critique sur la dissolution des limites de la vie privée, cette notion qui pris forme à partir du XVIIIe siècle. Si les « objets connectés » contribuent à cette dissolution, ils sont aussi, sous un autre angle, les lointains descendants des fantômes qui ont nourri l'imaginaire des conteurs et des réalisateurs. Antoine Picon nous fait réaliser ici que nos maisons n'ont jamais été exemptes des présences invisibles.

La notion d'intérieur étant nécessairement en lien avec son complément, Pascal Hofstein a fait le choix d'épuiser l'opposition intérieur-extérieur au point d'en faire sortir un tiers. Ce qu'il appelle l'« espace du conflit »  éclaire d'un jour neuf les grands projets du siècle dernier, surtout le Palais des Filateurs, dont les lieux ambigus trouvent ici un nom. C'est sous l'angle du mouvement que j'explore ce dont les intérieurs sont le théâtre, avec une « traversée du plan » au sens historique aussi bien que spatial, pour comprendre non seulement l'intelligence de la disposition de ses lignes, mais aussi la relation complexe que l'ordre du plan entretient avec le dessin de la façade, à laquelle s'adosse par ailleurs l'intérieur urbain.

La passion des fenêtres en ville qui anime Marion Picq la conduit, au détour d'un vis-à-vis entre peinture et architecture – deux arts qui se sont tant imités l'un l'autre – à explorer les enjeux de ce seuil qui appartient autant à l'intimité de nos appartements qu'à l'espace de la cour ou de la rue. En observant l'intérieur à partir des objets et non des murs, Emanuele Quinz déplace le point de vue : il révèle ainsi une tout autre histoire que celle de l'architecture, et ce qui a pris au fil du temps le nom de design s'avère être un champ disputé.

En interrogeant ce que le temps fait aux intérieurs construits, François Frédéric Muller s'attarde sur la capacité des bâtiment à durer. Mais pourquoi durer, par quels moyens et à quel prix ? Il n'existe d'espace architectural sans une lumière qui le qualifie ; celle du nord, là où les intérieurs ont la couleur du ciel et la lumière des aurores, permet de comprendre l'œuvre d'Aalto et, plus généralement, la clarté sans laquelle nulle profondeur spatiale n'est possible. Notre sommaire se clôt par la plume d'Annalisa Viati sur un des intérieurs les plus ouverts qui soient, celui de la Saracena, une maison de Luigi Moretti à Santa Marinella. Ce chef-d'œuvre, qui a toute sa place aux côtés des icônes que sont la villa Savoye ou la maison Kaufmann de Wright, illustre le talent du plus baroque des Modernes.

URL lien : https://levisiteur.com/produit/n30-interieurs/

Langue : Français ; Anglais

N° revue : 30

SOMMAIRE

  • Aux confins du confinement
  • Volte-face
  • Assembler nos intérieurs
  • Ce qui nous meut
  • Vis-à-vis
  • Le mur invisible
  • Maisons hantées, des fantômes à l’intelligence artificielle
  • La vie des chambres
  • Figures atmosphériques dans la lumière du Nord
  • La connaissance objectivée de soi. Récit d’expérience de la Saracena de Luigi Moretti
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