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- n° 1112 - 80 p. + XLVII
Des projets de Sanaa, Snøhetta et Big à Beirut de Lina Ghotmeh, en passant par le dialogue entre Ma Yansong et Thomas Heatherwick, le numéro de mai de Domus explore l'architecture non comme une forme statique, mais comme une composition en perpétuelle évolution, conçue pour nous faire « sentir vivants ».

Que doit être un bâtiment, dans le monde que nous habitons ? Ni une forme. Ni une fonction. Ni une icône. Domus 1112 arrive en kiosque avec Ma Yansong comme rédactrice invitée et cette question comme fil conducteur – une question qui n'admet pas de réponses simples et à laquelle ce numéro s'attaque avec la radicalité et la grâce qui caractérisent ses plus beaux moments.

L'architecture, dit Yansong, est mouvement. C'est la façon dont les corps se meuvent dans l'espace, dans le temps, dans la lumière et le son. On dit qu'elle est une musique figée, mais le mot « figée » est inapproprié. Une porte fermée divise l'espace comme un mur ; une rampe le traverse comme une promenade en pleine nature. L'architecture ne doit pas seulement satisfaire les besoins humains : elle doit inspirer. Elle doit interagir. Elle encourage les transitions spatiales, dissout les frontières, multiplie les formes possibles de l'être humain.

Deux essais répondent à cette introduction. Ma Qingyun relit l'état actuel de la discipline comme une révolution intérieure et silencieuse qui se déploie au sein des systèmes normatifs, financiers et numériques. L'architecture n'est plus imposée à la société, elle se négocie avec elle. Il ne s'agit pas d'un déclin de la discipline, mais d'une redistribution de son intelligence. Lina Ghotmeh, quant à elle, s'appuie sur son expérience personnelle de son enfance à Beyrouth, ville ensevelie sept fois et renaissante : pour elle, le mouvement n'est pas un déplacement, mais une transformation – la capacité d'évoluer tout en restant connecté au passé. L'architecture est toujours une forme d'écoute avant d'être une forme de construction.

La conversation entre Ma Yansong et Thomas Heatherwick est parmi les plus intenses de ce numéro. Heatherwick exprime une conviction qui traverse tout le numéro : la profession s'est forgée une image où tout est sous contrôle, où le concepteur apparaît comme un bureaucrate fiable. Pourtant, cette idée de rationalité se révèle inapplicable dès lors que l'on reconnaît que les êtres humains sont guidés par l'émotion et le sentiment. Le mouvement n'est pas exhibitionnisme : il suscite l'émotion. Et l'émotion est la tâche la plus urgente de l'architecture en ce siècle de solitude.

De là, la question se déploie en un atlas géographique et poétique du mouvement dans la pratique contemporaine. Le Taichung Green Museumbrary de SANAA, inauguré en décembre 2025 à Taïwan, réunit un musée d'art et une bibliothèque publique au sein d'un système de huit volumes interconnectés, de rampes en spirale et d'espaces de fusion : il travaille avec le neutre, au sens où l'entendait Barthes, des espaces indéterminés ouverts au contingent. Le Musée d'art contemporain de Suzhou de BIG se compose de douze pavillons se fondant dans le paysage du lac Jinji, leurs toits d'acier brossé drapés comme des chaînettes.

La station Qasr AlHokm de Snøhetta à Riyad fait office de périscope urbain : son toit reflète la ville vers le bas et le monde souterrain vers le haut, tandis qu'un jardin tempéré, trente-cinq mètres sous le niveau de la rue, introduit une nature inattendue au cœur même de la ville. À Naples, la station Centro Direzionale de Benedetta Tagliabue fait entrer une forêt de bois lamellé-collé dans la ville, reliant le quartier artificiel et isolé de Kenzo Tange – fruit des années 1970 – aux profondeurs historiques et volcaniques de Naples. À Pékin, Auric Terrain est une promenade sinueuse composée de plus de 200 000 panneaux d'aluminium qui se déploie comme les veines d'un dragon à travers le paysage, où le mouvement devient une relation dynamique entre le corps, la lumière et la matière.

L'architecture n'est plus imposée à la société, elle se négocie avec elle : il ne s'agit pas d'un abattement de la discipline, mais d'une redistribution de son intelligence.

Trois voix façonnent le parcours artistique. Drift présente « Coded Nature II : Vortex », où le public incarne le vent et active le système. Wei Tao revient sur le projet Comma : une virgule gigantesque de 35 547 m² tracée à travers la steppe de Mongolie-Intérieure en géotextile, puis modélisée comme un vecteur mathématique en CAO, avant d'être transmise par satellite en orbite ; trois états d'un même signe de ponctuation, trois manières d'habiter l'absence de sens. Cometabolism Studio présente « Antagonisme » : deux balançoires fabriquées à partir d'un chariot de mine qui créent, par le biais du public, un équilibre dynamique entre traction et contrepoids, production et loisir réconciliés en un seul geste.[-]
Des projets de Sanaa, Snøhetta et Big à Beirut de Lina Ghotmeh, en passant par le dialogue entre Ma Yansong et Thomas Heatherwick, le numéro de mai de Domus explore l'architecture non comme une forme statique, mais comme une composition en perpétuelle évolution, conçue pour nous faire « sentir vivants ».

Que doit être un bâtiment, dans le monde que nous habitons ? Ni une forme. Ni une fonction. Ni une icône. Domus 1112 arrive en kiosque avec Ma ...[+]

MOUVEMENT MODERNE ; Transformation ; ART CONTEMPORAIN ; FLUX

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